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Festival de Bayreuth ![]()
Août 2000
Nous arrivons à Bayreuth et déjà la magie opère: douceur de la campagne franconienne, calme de la petite ville provinciale, charme rococo de la capitale de Wilhelmine, cadre verdoyant du Hofgarten, extrême gentillesse de l'accueil ...
Et dès le lendemain nous montons au Festspielhaus, certes pas " à genoux " comme le suggérait Albert Lavignac, mais avec la joie et l'émotion de se trouver à l'épicentre du séisme wagnérien. Nous verrons trois oeuvres: Parsifal, les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, Lohengrin
Parsifal
Direction musicale: Christoph Eschenbach Mise en scène: Wolfgang Wagner.
Nous commençons par l'oeuvre-testament de Wagner, créée en 1882 à Bayreuth. Sa spiritualité lui donne une place unique dans l'opéra. Mais ce n'est pas une oeuvre d'accès facile.
Le décor, constitué de hauts volumes verticaux, à facettes stylisant l'extérieur (la forêt, le jardin), lisses pour l'intérieur (la salle du Graal), n'est pas laid mais un peu monotone.
Interprétation et mise en scène culminent à l'acte Il: le ballet des Filles-Fleurs est une merveille de grâce et de légèreté et l'affrontement Parsifal-Kundry un pur moment tragique. Violeta Urmana est une grande Kundry alternant séduction et malédiction, Poul Elming Parsifal prend conscience de sa mission avec une violence douloureuse.
Dans l’acte III, Andreas Schmidt (Amfortas) est bouleversant en roi indigne devant le cercueil de son père.
Une légère déception: Matthias Hôlle est un Gurnemanz un peu terne, plus récitant qu'acteur, les scènes et chœurs du Graal nous ont semblé d'une solennité un peu languissante.
Direction musicale: Christian Thielemann Mise en scène: Wolfgang Wagner.
On approche ici la perfection. La mise en scène est éblouissante. Le fond de la scène est un grand -transparent éclairé par l'arrière où décors et lumières évoluent subtilement. Ainsi dans la scène de la sérénade de Beckmesser, où l’on verra les toits de Nuremberg successivement, au coucher le soleil, puis au clair de lune, enfin blanchis par l'aube et la rosée. Le concours final est une parfaite réussite: le sous-bois légèrement automnal est une harmonie douce de verts et de bruns, harmonie reprise par les costumes simples et gais. La foule va et vient plaisante, s'interpelle avec naturel.
Robert Holl (Sachs) domine la distribution par son humanité, sa noblesse discrète, sa nostalgie retenue. Emily Magee est une Eva séduisante et volontaire, Robert D. Smith est un Walther à la voix jeune et pleine. Saluons la performance de Andreas Schmidt, la veille Amfortas désespéré, qui campe aujourd'hui un Beckmesser ridicule et vain. Le quintette au cours duquel Sachs réunit les couples Walther-Eva et David-Magdalene est parfait: harmonie d'ensemble et perception claire de chaque voix. Enfin le choeur de la scène finale enveloppe la conclusion avec une ampleur magnifique.
Direction musicale: Antonio Pappano Mise en scène: Keith Warner
Dans ce troisième type d’œuvre, la mise en scène fait l'hypothèse que le spectateur connaît l’œuvre et les lieux où elle se situe. Donc pas de palais, pas de parvis d'église, pas de lit nuptial, mais une gestion de l'espace explicitant l’action et développant (ou même modifiant) la psychologie des personnages.
Ainsi, au début de l'acte 11, la scène est divisée horizontalement en deux parties: l'étage inférieur (le Mal) sombre et rouge, où le couple Frédéric-Ortrud trame ses projets ténébreux, l'étage supérieur (le Bien) dépouillé et bleu, séjour de Lohengrin-Elsa.
Dans la deuxième partie de ce même acte, le drame se noue entre tous les protagonistes. Ici pas de parvis d'église, mais un plateau carré surélevé. Au centre Elsa est seule, étendue, déjà victime désignée. Progressivement, Ortrud, Frédéric, le Roi, Lohengrin prennent place sur chacun des côtés de ce plateau; Elsa se trouve alors au foyer géométrique de leurs haines et de leurs exigences.
La scène finale est d'une noirceur absolue. Au fond, le corps de Frédéric est exposé et le vieux Roi meurt d'épuisement et de désespoir. Le cygne mort le lac disparu, Lohengrin ne peut regagner le séjour du Graal; il descend pesamment dans le lac asséché. Elsa est perdue dans sa folie. Au premier plan, Ortrud jouit avec superbe de l'échec du chevalier et conserve pour l'avenir tout son pouvoir maléfique.
Cette mise en scène a été contestée dans notre groupe. Mais elle a eu le mérite de provoquer la discussion et de confronter les goûts et les expériences de chacun.
L'interprétation est dominée par le couple maudit Frédéric-Ortrud, Frédéric (le français Jean-Philippe Lafont) brute épaisse et manipulée; Ortrud (Linda Watson) magicienne lubrique et satanique. Le couple Lohengrin-Elsa est volontairement moins fort. Lohengrin, saint naïf désarmé face à la haine et à la faiblesse des humains ordinaires, est chanté par une voix jeune (Robert D. Smith en remplacement de dernière minute). Le Roi ( à qui Eric Halfvarson prête sa voix puissante) est un imposant vieillard à bout de forces mais toujours souverain majestueux.
En conclusion les interprètes, par leur jeu et leur voix, nous ont donné un grand drame romantique plein de haine, de fureur et de larmes.
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Ainsi s'est terminé pour nous le Festival, moment privilégié de plaisir musical, de découverte et d'échange, de raffinement et de simplicité. Nous sommes profondément redevables à Jean-Louis Lanfant d'avoir obtenu, grâce à une action obstinée, la poursuite, pour notre association, de l'accès au Festival. De plus, à tout moment dans notre Walhalla franconien, l'oeil de Jean-Louis-Wotan n'a cessé de veiller ... Qu'il en soit mille fois remercié.
Jean-Pierre et Simone GIRY
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