|
|
Triomphe de la vertu et de la virtuosité : " LA CENERENTOLA"opéra bouffe de Gioacchino Rossini le 23 février 2008 à Genève
|
Le jeune Rossini n'a pas 24 ans quand il compose "Cendrillon", l'année qui suit "Le Barbier" sur un livret de Ferretti : " J'écrivis les vers en vingt deux jours, et Rossini en vingt-quatre la musique".
Dix-neuf opéras du compositeur ont déjà été joués en Europe. La supériorité littéraire du Barbier est certaine : le livret n'autorise qu'une action réduite et le chœur est utilisé comme simple décoration musicale.
Et pourtant, le comique triomphe dans les situations et les dialogues! Selon Ferretti " à cette époque à Rome…. pendant le carnaval, les gens voulaient rire". En effet, l'œuvre fut composée pour le Théâtre Valle à Rome et créée en 1817. La dimension féerique du conte a disparu : plus de pantoufle de verre (ou de vair ?), mais un bracelet (afin d'éviter aux actrices de l'époque d'avoir à exhiber pieds et jambes aux yeux du public), signe de reconnaissance de l'élue et un ressort théâtral éprouvé : l'échange de vêtements entre le Prince et le valet. A la place de la marâtre, un beau-père cupide et brutal et le philosophe Alidoro remplace la fée.
" Dédaignant le faste et la beauté
Il (le Roi) choisit pour lui
L'innocence et la bonté "
Cette chanson fredonnée par Angelina - Cendrillon - la Cenerentola – donne la clé de l'histoire qui va se dérouler en deux actes : c'est elle la future épouse vertueuse choisie par le fils du roi.Il me semble voir dans cette histoire très morale …
une comédie de l'illusion : avec ses personnages qui aspirent à la gloire et la richesse, Don Magnifico, personnage burlesque (sorte de mélange de Pantalone et Falstaff) qui rêve aux honneurs, ses filles Clorinda et Tisbé, tout aussi envieuses, le valet Dandini qui joue au prince…et aussi
une comédie de la séduction, les personnages ci-dessus s'employant à convaincre et séduire – et ici le père obséquieux jusqu'au ridicule, tout autant que les deux sœurs rivales illustrent à merveille l'espoir de chacune de devenir reine, face à leur demi-sœur humiliée, réduite aux tâches ménagères, dont la modestie et l'innocence triompheront.
un contraste marqué entre ces êtres hauts en couleur, au jeu affecté, et le Prince Ramiro et Cendrillon .sincères dans leur amour.
Trop souvent déçus, à notre époque, par des mises en scènes qui recherchent le "second degré", et donnent une vision si personnelle qu'elles s'éloignent de l'intention du compositeur, nous avons eu, au contraire, un spectacle fidèle au caractère de l'opéra-bouffe. La couleur, la vivacité, les inventions du décor (ombres chinoises) et autres facéties, n'auraient sans doute pas été désavouées par Rossini, me semble t-il …
Joan Font, fondateur d'une troupe de théâtre de rue travaille aussi pour le cinéma et a participé à des réalisations spectaculaires telles que l'Exposition Universelle de Séville et les Jeux Olympiques de Barcelone. Est-ce cette polyvalence qui lui a fait concevoir une mise en scène toute en couleurs et mouvement, au rythme enlevé, pour notre plus grand plaisir ? Car le burlesque et les bouffonneries ne tombent jamais dans la vulgarité.
Clorinda et Tisbé et Don Magnifico, leur père, en sont l'illustration : sœurs rivales au cœur sec, précieuses ridicules vaniteuses qui se pavanent dans leurs toilettes excentriques, suggèrent par leur démarche comique et leur gestuelle exagérée l'outrance de leurs caractères.
Quel beau travail aussi dans le choix des costumes où j'ai vu un clin d'œil à la commedia dell'arte, soulignant l'esprit italien de la scénographie.
L'écriture musicale de type "bel canto", très ornée, demande une grande virtuosité. L'orchestre dans une interprétation alerte doit faire chanter les cordes et vibrer les cuivres. La partition raffinée a été servie par une distribution de qualité, au premier rang de laquelle Vivica Genaux, mezzo-colorature, dans le rôle titre, familière des opéras de Rossini et des rôles de castrats, maîtrisant parfaitement la technique des vocalises.
On regrette de n'avoir pas autant apprécié la voix de ténor du Prince Ramiro, manquant d'éclat et de puissance (parfois couverte par les cuivres au 1er acte!), mais quelle superbe interprétation ont donnée de leur personnages Don Magnifico, basse impressionnante et Dandini, baryton convaincant !
On raconte que Rossini déclara après l'accueil hostile réservé à son opéra lors de la création : "Idiot! Le carnaval ne sera pas terminé que tout le monde en sera tombé amoureux…". Il en fut ainsi. L'opéra devint rapidement un favori dans la ville puis dans le reste de l'Italie, en Europe et en Amérique.
A la vision de l'œuvre, on comprend sa popularité et l'enthousiasme unanime des spectateurs du Grand Théâtre de Genève montre combien Rossini peut enchanter le public contemporain..
Célèbre en Europe où il a rencontré des "grands" - à Vienne, Beethoven lui conseille :" Surtout, Maestro, faites beaucoup del Barbiere!" (cité par Patrick Favre Tissot Bonvoisin). - ,admiré par Stendhal qui a rédigé sa première biographie, ce compositeur populaire a rénové l'opéra au 19ème siècle et fait naître le bel canto romantique.
Quelques mesures entendues et on reconnaît aussitôt son style, la jubilation de son écriture musicale. Des spectacles comme celui-là, on en redemande!
.Jacqueline TOUTAIN

Comble de l’ironie !
Saviez-vous que Rossini est né un 29 février et mort un 1er avril ?