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FESTIVAL DE LA CHAISE-DIEU
21 au 23 août 2004
En 1966, lorsque G. CZIFFRA a découvert la superbe abbatiale gothique de ce village de Haute-Loire, pouvait-il pressentir le développement et la renommée du Festival qu’il a initié ? Des milliers de mélomanes viennent chaque année découvrir ou redécouvrir la beauté du monument et son acoustique exceptionnelle, pendant quelques semaines d’été. Rencontre de la Musique, de la mémoire des pierres et de la Foi, la programmation s’est élargie à d’autres lieux, entre autres Chamalières, très belle église romane en bord de Loire. C’est là que débutait notre week-end musical avec le Chœur du New Collège d’Oxford qui donnait des pièces « a capella », en majorité anglaises. La pureté des voix des très jeunes garçons et adolescents, le timbre travaillé des choristes adultes, la perfection des nuances ont enchanté le public très sensible à l’harmonie du lieu.
Plus austère m’a paru le concert du samedi soir dans l’abbatiale (peut-être étais-je encore sous le charme des voix entendues l’après-midi….). Certes, la jeune alto a offert une interprétation pleine d’émotion des lieder de BRAHMS. Mais nous avons ressenti comme sévère, « carré » ce Rias-Kammerchor dont le répertoire est pourtant si diversifié. Cette soirée se terminait par un peu plus de légèreté avec la musique de POULENC sur des poèmes d’ELUARD.
Au programme du troisième concert, RACHMANINOV et CHOSTAKOVITCH joués par l’Australian Youth Orchestra (dont aucun membre ne dépasse 25 ans !). Beaucoup de mélomanes attendaient sans doute avec curiosité Hélène GRIMAUD annoncée pour le deuxième concerto de RACHMANINOV… alors que ce fut Christina ORTIZ, remplaçant la jeune femme au visage romantique. La fougue, la passion de la pianiste d’origine brésilienne nous ont emportés, telle une vague puissante et nostalgique avant de retrouver des thèmes qui chantent douceur et apaisement dans cette œuvre brillante, si souvent jouée, où le piano règne superbement tout au long des mouvements Quand il a écrit ce concerto, crée en 1900 à Moscou, le compositeur sortait d’une période de dépression : dans cette œuvre éminemment romantique il laisse libre cours au lyrisme. Souvent surprenante à nos oreilles, la musique de CHOSTAKOVITCH avec ses dissonances reflète les turbulences de son époque et la difficulté d’un être tourmenté s’opposant ou acceptant les doctrines officielles tout en gardant la volonté d’y imprimer son individualité. Sa première symphonie – œuvre de jeunesse : encore étudiant il avait 20 ans –est facile à aborder, loin du climat sombre de certaines compositions postérieures. Au long des quatre mouvements, on perçoit cependant une tension constante. De très beaux thèmes à la flûte ou au hautbois, l’intervention du piano, la lamentation du violon solo soulignent l’impression d’un questionnement perpétuel, d’une inquiétude sous-jacente qui aboutit au paroxysme final. A l’issue de la création, le chef Nicolaï Malko déclara qu’il avait eu conscience de « tourner une nouvelle page de l’histoire de la musique »
Le vaste vaisseau de l’abbatiale se prête aux ensembles de plusieurs centaines d’exécutants instrumentistes et choristes, tel l’Orchestre philharmonique d’Ukraine et le Chœur Dumka qui, après avoir interprété le Requiem de BERLIOZ en 2003, nous a offert cette année cet autre monument qu’est le Requiem de VERDI, dramatique, théâtral (« seul un génie pouvait écrire un ouvrage comme celui-ci » a dit BRAHMS).
Les dimensions exceptionnelles de l’église ont-elles eu une influence sur l’exécution qui m’a semblé privilégier le colossal au détriment de l’émotion. Nos oreilles ont vibré, trop… Je me souviens d’autres interprétations –avec Claudio ABBADO, entre autres – qui parlaient plus au cœur
Escapade en musique et en amitié : dès samedi matin nous avons pris la route sous la houlette de Marie-Paule organisatrice du déplacement, dans un minibus dont Lionel assurait la conduite…et l’animation. Le petit nombre de participants a facilité les échanges dans la bonne humeur. Le soleil nous a accompagnés sur les plateaux d‘Auvergne et au long d’un parcours pittoresque jusqu’au troisième jour où une excursion au Puy-en Velay a complété en beauté notre week-end.
N’est-il pas symbolique le nom du village qui nous a hébergés : ALLEGRE… ? (Définition du Petit Larousse : « plein d’un entrain joyeux »)
Jacqueline Toutain
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