Qui Sommes-Nous Calendrier annuel Conférences Déplacements Compositeurs & Oeuvres
Coups de Coeur Bonnes Adresses Nos Statuts Devenir Membre Retour  Accueil

« Le Chevalier à la Rose  »

conférence – audition de Gérard LOUBINOUX

Théâtre de l’Echange. 14 octobre 2002

Compte-rendu
_____________________________________________

Opéra en trois actes de Richard STRAUSS ( 1864 – 1949 )

Livret de Hugo von Hofmannsthal

Créé à Dresde le 26 janvier 1911
________________

Quatre-vingt-dix ans après sa création, le Chevalier à la Rose est constamment à l’affiche. C’est l’œuvre la plus populaire de Richard Strauss.

L’époque.

L’après-Wagner est un moment difficile pour les compositeurs germaniques. Il n’est pas possible de l’imiter ou de l’ignorer. Aller plus loin, c’est prendre le risque d’une musique de plus en plus « inaudible », revenir en arrière est impossible.

Que faire alors ? Avec un art consommé Richard Strauss et Hofmannsthal vont retourner la situation.

La musique savante occidentale a fait des progrès, la technique a changé, l’écriture harmonique également : modulations, orchestration. Le public a des difficultés à suivre, il évolue certes mais il y a des seuils. Or les formes qu’il aime sont usées jusqu’à la corde.

A ce moment l’opéra a son mot à dire. Car il est d’abord théâtre, sa musique est inséparable de ce qui se passe sur la scène. Et ce n’est pas précisément une musique que l’on aura plaisir à écouter en dehors du théâtre.

D’où l’importance du livret.

Le plan dramatique.

C’est du théâtre de boulevard français. Octavian (17 ans) et la Maréchale (32 ans) se réveillent tendrement au lit. Soudain du bruit, Ciel mon mari ! , non ce n’est que le baron, on se déguise, etc. … On est en plein vaudeville, mais comme souvent il repose sur un drame.

Le sujet va être sublimé par les auteurs. Un personnage secondaire, la Maréchale qui n’apparaît qu’au début et à la fin, va passer au premier plan. La « vieille » maîtresse a 32 ans, elle n’est pas âgée mais elle est à la dernière limite de la séduction. Elle prend conscience brusquement du temps qui passe , elle incarne une détresse vraie qui peu à peu se transforme en lucidité et en résignation.

Une musique savante.

Le librettiste va donner de nombreuses opportunités au compositeur. Il y a beaucoup de petits rôles, de la figuration lyrique. On peut faire alors de la musique complexe, que l’oreille accepte à cause de l’œil. Ainsi dans la querelle du IIe acte ou le « chahut » du IIIe acte, la musique est très complexe et savante, mais la situation scénique la fait passer. Notre oreille actuelle l’accepte, mais elle a été acceptée même à l’époque de la création.

Les personnages vont avoir leur musique propre.

Ainsi la musique de Mariandel avinée est très particulière, c’est une musique « moderne » qui passe sous le prétexte de l’ivresse et de la ruralité.

Le Baron Ochs va permettre de travailler dans la vulgarité, situation difficile sur scène et en musique. On lui trouvera des réminiscences de Falstaff (1892) en Don Juan sur le retour. La vulgarité ce sera la valse. On a parlé parfois de l’anachronisme de la valse viennoise et du XVIIIè siècle, mais ce n’est rien d’autre que le langage musical fin XIX ème, Wagner ne mettait pas de la musique médiévale sur ses drames. La clé c’est que Ochs est un « plouc », on lui donne donc la musique « plouc » de Mr Strauss (Johanne). La valse de Richard Strauss est parodique, bâtie sur le modèle de Sang Viennois. C’est une sorte d’anamorphose musicale qui se déforme et retombe à peine esquissée. C’est le portrait de Ochs qui n’arrive jamais à séduire, ringard mais aussi pathétique.

Le travesti Octavian est le souvenir mozartien de Chérubin, qui va trouver sa correspondance Comtesse-Maréchale. Le travesti est aussi souvent un rôle qui se retravestit, son but est simplement de faire entendre une voix de femme parce que ces voix sont belles. On peut trouver un rapport étroit entre Chérubin et Falstaff : Chérubin est un futur Don Giovanni, Falstaff est un ex Don Giovanni.. Ainsi il faut se souvenir de Mozart et de Verdi pour bien comprendre le Chevalier.

Le chant de Richard Strauss est fait de notes tenues, d’ou de très belles mélodies qui demandent beaucoup à l’interprète : timbre magnifique, souffle, sensibilité.

Les situations ont également leur expression musicale.

Un premier niveau chaotique. C’est l’univers de l’inconstance qui s’effondre peu à peu.

Ce chaos se résout dans un deuxième niveau représentant une fausse valeur: la valse rengaine.

Puis on passera au niveau du sublime dès l’arrivée du chevalier, présentant la rose d’argent qui ne se fane jamais.

Ainsi, les adieux de la Maréchale, dans un très rare trio de voix de femmes culmineront dans un paradis de pure harmonie.

 

C.R. rédigé par J-P G.

Qui Sommes-Nous Calendrier annuel Conférences Déplacements Compositeurs & Oeuvres
Coups de Coeur Bonnes Adresses Nos Statuts Devenir Membre Retour  Accueil