La Flûte enchantée"
"…Une flûte qui vaut plus qu'ors et couronnes mais fait le bonheur des hommes" chante Tamino quand les trois dames lui remettent l'instrument magique.
Je pense à cette phrase en écrivant ces quelques lignes – un coup de cœur ! - pour dire tout le bonheur que j'ai ressenti à Genève au cours des dernières heures de 2007.
Alors que nous sommes souvent déçus par des mises en scène d'une pauvreté consternante et des décors…inexistants, quand ce n'est pas une " transposition " à l'époque contemporaine d'une œuvre du 17ème ou 18ème siècle, la représentation de la Flûte a été une réussite.
"Osons la fantaisie de l'enfance avec Mozart :
dans la Flûte on entend l'écho de sa liberté, de sa jeunesse".
C'est
le parti pris par Omar Porras, le metteur en scène qui a contribué avec toute
l'équipe – chanteurs, décorateur, orchestre, costumière – à faire de cet opéra
une véritable féerie. Un metteur en scène qui souhaite que " l'homme soit
capable de laisser de côté sa vision cartésienne pour écouter la parole de la
nature, la mémoire du rocher, les incantations du ruisseau…"
Une belle distribution vocale, l'équilibre entre voix et orchestre, les décors enchanteurs où la nature est très présente. (Omar Porras dit de son frère Fredy décorateur : " il écoute mes projets…c'est un traducteur de rêves, un sculpteur d'images " ), des créatures aux attributs étonnants inspirés par le monde animal, des costumes ravissants pour les fines silhouettes de la Reine de la Nuit et des trois dames, libellules aux longues ailes argentées : tout a contribué à faire de la soirée un moment d'enchantement où l'humour et la poésie n'ont pas fait oublier le parcours initiatique des héros vers la sagesse et la solennité maçonnique au 2ème acte.
Il me semble qu' Omar Porras a retrouvé l'esprit du théâtre populaire tel que le concevait Schikaneder, (le librettiste de la Flûte) pour le public des faubourgs de Vienne.
Cette belle réalisation a su donner toute sa place à la diversité et à la profondeur de la Musique et trouver dans le livret la part du merveilleux. Oui cette Flûte était magique !
Jacqueline TOUTAIN