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« LE NAIN » et « UNE TRAGEDIE FLORENTINE »
de Alexander von ZEMLINSKY
Genève 21 novembre 2002
ZEMLINSKY (1872-1972) compositeur autrichien (beau-frère de SCHÖENBERG), Viennois à la croisée des courants musicaux, est rarement joué. Doué également comme chef d’orchestre (SCHÖENBERG qui fut son élève et STRAVISKY en ont témoigné) il fut l’amoureux platonique d’Alma MAHLER avant d’être supplanté dans le cœur de la belle par MAHLER. «… petit, édenté et dépourvu de menton, ce qui confère à son visage de gnome effaré… » ainsi le décrit Alma ( « Ma vie » Hachette 1985) . Son physique disgracieux donne sans doute la clé qui permet de comprendre « LE NAIN ».
Des préparatifs de fête dans un décor sobre n’évoquent guère la Cour d’Espagne, mais très vite nous apprenons que se prépare l’anniversaire de la jeune infante. Les servantes s’affairent , on apporte un coffre rempli de cadeaux qu’avec impatience la jeune fille veut ouvrir. Tous les cadeaux ne pas là car le majordome annonce l’étonnant envoi dont le Sultan fait don : un nain, qu’il décrit fort laid, mais qui –étonnamment – n’a jamais pris conscience de sa disgrâce physique, ignorant ce qu’est un miroir.
Emouvant face-à-face de la laideur d’un être difforme et de la jeunesse dans sa beauté épanouie. Sourd aux sarcasmes de l’entourage, se rêvant le chevalier de la belle, le nain exprime son éblouissement et sa passion en termes lyriques ( ce beau texte est adapté du conte d’Oscar WILDE : « l’anniversaire de l’Infante »).
« Je l’envelopperai de mon amour et d’un manteau lourd de secrets »
et
« je chanterai pour elle des mélodies qui monteront jusqu’aux étoiles ».
A cet amour déclaré avec une belle ferveur a Princesse répond par une curiosité amusée avant de riposter brutalement : « je ne t’aime pas, je n’ai que pitié ! »
Finalement, un miroir dévoilé révèle à cet homme incrédule, si éloigné de l’affreuse réalité, l’image d’un être qu’il ne peut reconnaître en un premier temps et il chante :
« il n’est pas possible que quelque chose d’aussi laid existe dans ce monde aussi beau ! ».
Il croit rencontrer un fantôme mais la cruauté de l’Infante lui a asséné la terrible vérité ; il s’écroule et il meurt.
La jeune Infante frivole n’a pas su reconnaître, sous les apparences, l’humanité du monstre. Elle s’écrie en rejoignant le bal :
« dommage, déjà cassé ! » en parlant de son « jouet »,
à quoi réplique Ghita, la servante fidèle :
« oui, mais son cœur était beau ! ».
ZERLINSKY étant rarement joué, notre groupe a eu la chance en assistant à cet opéra ainsi qu’à « une TRAGEDIE FLORENTINE » de découvrir une musique inconnue, évoquant parfois MAHLER. Sensible à de très belles phrases lyriques et à la palette sonore, l’auteur(e) de ces quelques lignes se gardera bien de s’avancer sur le terrain musical par manque de compétence ! Mais quelle belle soirée qui a rempli nos attentes et satisfait notre curiosité et notre sensibilité !
Jacqueline TOUTAIN
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